20/01/2013

Battle of #3

Laëtitia, du blog "ça veut dire la joie", a d’excellentes idées, entre autres d'organiser ce qu'elle appelle des Battle, qui sont en fait à mes yeux des réunions forts sympathiques et conviviales. 

Les précédents Battle avaient pour sujets, les fromages, les souvenirs de vacances. Le but : graver un ou des tampons illustrant les thèmes.
Aujourd'hui le sujet est :  my favorite book. 
J'ai passé 2 semaines à me demander quel livre j'avais envie d'illustrer, car il y en a beaucoup que j'affectionne.
J'ai fini par choisir un roman post apocalyptique de Christian Charrière, La forêt d'Iscambe :



"Après un cataclysme, l’Europe n’est plus que forêt. L’action se déroule en France. Un « Bureau populaire » dominateur maîtrise la région de Marseille. Paris est une légende. Entre les deux s’étend une forêt et quelques rares oasis de civilisation."

J'avais envie d'illustrer beaucoup de passages, mais ce n'était pas évident, ayant raccroché mes pinceaux et crayons il y a plus de 10 ans, il ne m'est plus aisé aujourd'hui de dessiner ce que j'ai en tête.  Je n'ai pas cédé face au découragement et me suis lancée dans un petit brouillon que j'ai ensuite mis au propre, et hop gravure etc.... : tada !


Bon voilà, j'espère que vous arriverez à discerner les différents éléments présents sur l'image, hum !

Pour conclure voici un extrait absolument fabuleux de ce livre, bonne lecture !

« C’était un édifice des temps anciens entouré d’une vaste esplanade cimentée et où d’étranges bornes métalliques se dressaient. Pour rejoindre ce bâtiment, il fallait quitter l’autoroute proprement dite et emprunter une courte et étroite piste secondaire que le Fondeur qualifia – non sans une certaine emphase – de « bretelle ».
    – Nous sommes sur la bretelle, quelle belle bretelle ! répétait-il  avec cette satisfaction orgueilleuse qu’engendre la certitude du savoir.
    – Eh bien, maître, puisque vous avez lu les livres d’autrefois, expliquez-moi l’usage de ces silhouettes de métal qui semblent avoir un visage et qui vont par deux.
    – Le Fondeur, qui, de toute évidence, connaissait la réponse et la retenait sous sa langue, toisa son disciple.
    – Station-service, finit-il par dire comme on crache un petit noyau.
    – Station-service ? Je ne comprends pas.
    – Il y a beaucoup de choses sur cette terre que tu ne comprends pas, bougre de moinillon. Une station-service était un lieu où, par l’intermédiaire de ces bornes métalliques, l’on distribuait la boisson nécessaire aux véhicules.
    – Une fontaine, alors ?
    – Oui, si tu veux, une sorte de fontaine.
    […]
    Le jeune homme frappa le sol cimenté de sa sandale. Il sonnait creux : on eût dit qu’une grande âme nocturne et caverneuse était étendue sous la terre. Devant lui, verdâtres et toutes suitantes d’humidité, deux bornes se dressaient avec leurs visages vitrés et poussiéreux. Évariste  les débarbouilla de la manche de sa robe.  Apparurent, sur l’une et sur l’autre, deux yeux et une bouche où des chiffres étaient inscrits. Puis, arrachant les plaques de mousse qui les recouvraient :
    – Que lisez-vous là ? demanda-t-il à son maître.
    Le Fondeur se pencha.
    – Sur l’une je lis : ESSENCE. Et sur l’autre : SUPER.
    – Des idoles, murmura le jeune homme, oui, des idoles, ou Évariste n’est plus Évariste !
    Puis, se tournant vers son compagnon :
    – Eh bien ! Je ne suis pas de votre avis ! proclama-t-il avec une telle force dans le sépulcral silence  que des oiseaux effrayés s’envolèrent.
    – Comment ? Que veux-tu dire ?
    – Tout simplement que cet endroit n’était pas une station-service, mais un temple !
    […]
    Vous m’avez dit vous-même si souvent qu’il fallait briser la carapace de l’apparence, faire tomber le volet de l’illusion pour que surgisse sous sa coquille l’amande ineffable de la vérité ! J’applique le système que vous m’avez vous-même enseigné et que vous appelez… comment déjà ?... l’arithmétique… non, l’herméneutique spirituelle. Je vous dis que sous ces touffes d’herbe et sous ce sol cimenté s’étend un monde souterrain, immense caverne obscure qui est le symbole des profondeurs de l’âme humaine.
    – Mais ce n’est pas une caverne ! objecta le Fondeur. Il s’agit tout bonnement des citernes qui contenaient autrefois le carburant.
    – Non ! Ce ne sont pas des citernes, insista Évariste. C’est notre âme sombre et tourmentée, c’est la fosse du varan et les mille étages de caves qui se prolongent sous le logis étroit de notre conscience. Quant à ces bornes, elles sont porteuses du plus haut message qui ait jamais été adressé à l’homme. Car le mot essence est sacré. Il signifie tout bonnement, comme vous dites, l’âme de l’âme ou si vous voulez le soleil des ténèbres, ce noyau de lumière irradiante, immergé dans les tréfonds de l’obscurité et qui est une parcelle du divin enfermée dans le cachot de notre corps. Quant au super…
    Pressant ses mains sur sa poitrine creuse comme pour contenir le flot torrentiel qui la traversait, Évariste s’interrompit.
    – Quant au super, reprit le vieux laineux avec un soupir moqueur, il s’agit du supra-mental, je suppose ?
    – oui, clama le jeune homme d’une voix triomphante : c’est la superconscience, c’est l’océan de lumière du divin vers lequel l’essence doit faire retour pour aboutir à l’unité majestueuse du bas et du haut. Que descende le super et que monte à sa rencontre l’essence – et qu’ils se rejoignent en une rayonnante étreinte, formant… euh… formant…
    Il se tut un instant, hors d’haleine, puis, désignant les grandes pancartes suspendues au-dessus de chaque couple d’idoles métalliques et qui portaient, au centre d’un cercle bleu, la même inscription en lettres rouges :
    – Qu’y a-t-il d’écrit là ? demanda-t-il à son maître.
    Le Fondeur plissa les paupières :
    – TOTAL, déchiffra-t-il. C’est le mot TOTAL qui est répété ici. Il s’agit probablement de la marque du…
    – Taisez-vous ! cria Évariste, hors de lui. Nous sommes ici dans une enceinte sacrée, celle du Dieu Total, image de l’harmonie suprême, de l’union des bas-fonds obscurs avec les hauteurs brillantes. C’est lui désormais que je veux adorer et non point votre… Absolu Indifférencié ou vos archipels abstraits.
    – Mais tout ceci est faux, mon pauvre moinillon. Cet endroit n’est pas un temple, c’est un garage. Et ces idoles sont des pompes à essence…
    – Eh bien, même si c’est faux, c’est vrai ! proclama Évariste d’un air buté. »


15 commentaires:

  1. Hmmmm, it's a shame my French is not good enough (and google translate makes a complete non-understandable story) but I do understand that the stamp you made is beautiful. Again :)

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  2. TU as bien fait de persévérer :) The livre et le tampon nous rendent bien cette ambiance SF :)
    Je suis amatrice de ce genre, je ne connaissais pas je note :)

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    1. Merci Fabienne :), oui j'ai vu que tu aimais le Silmarillion, entre autre.... je partage pleinement !

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  3. A stamp that tells a whole story in itself, what a piece of art!!

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  4. Amazing stamp, well done. The way you cut lines is incroyable!
    Stefanie ( salut stefanie).

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  5. whaou... c'est une scène complète , un tableau entier et qui traduit bien ce que tu nous décris de l'histoire, et chaque détail est lisible ...
    Merci de t'être jointe à cette battle qui n'a rien d'une bataille , oui :)

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    1. Je l'ai fait avec un grand plaisir, je referai un petit tour de temps en temps :)

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  6. Je suis impressionnée par toutes ces lignes, par la quantité et la précision des détails.
    Figure-toi que la partie qui m'a le plus posé de problème est au premier plan, à droite. J'ai regardé le dessin, le tampon, plissé les yeux, reculé... et là, j'ai reconnu une bestiole, c'est bien une fourmi ?
    Les histoires de post-apocalypse, j'adore. Encore un que je note pour voir s'ils l'ont, à la médiathèque.

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    1. haha, oui c'est une fourmi géante, il est vrai que tout se confond un peu trop à droite, merci pour les critiques, j'en prends bonne note. Ce livre est très bien, je le recommande fortement à tous les amateurs du genre.

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  7. C'est superbe ! *ajoute le livre à sa liste*

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  8. Coup de crayon + coup de gouge gagnants!!! J'adore.

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